Changement 1, changement 2 : repères systémiques à partir de l’école de Palo Alto
Changement 1 et changement 2 : comprendre les deux niveaux de transformation selon l’école de Palo Alto pour repérer quand un système ajuste … ou se réorganise en profondeur, dans la vie quotidienne comme au travail.
CHANGEMENT
Thomas Reynier, sous l'oeil critique de Perplexity.
7/7/20265 min read
Dans l’approche systémique issue de l’école de Palo Alto, la question du changement occupe une place centrale. Il ne s’agit pas seulement de savoir si “ça bouge” dans une situation, mais de distinguer des niveaux de transformation différents. Gregory Bateson, puis Paul Watzlawick et ses collègues, ont proposé une distinction devenue classique entre ce qu’ils appellent changement de type 1 et changement de type 2.linkedin+1
Cette distinction n’est pas un raffinement technique. Elle éclaire la manière dont un système humain — une personne, une équipe, une organisation — peut à la fois se maintenir et se transformer. Elle est particulièrement utile dès qu’on souhaite intervenir dans des contextes où les difficultés persistent malgré des tentatives de solution répétées.
Changement 1 : réguler sans changer de cadre
Le changement de type 1 correspond aux modifications qui se produisent à l’intérieur d’un système, sans en altérer l’organisation globale. Le système reste ce qu’il est, même si certains de ses éléments varient. Bateson parle ici d’homéostasie : la capacité d’un système à se corriger et à se stabiliser, en ajustant ses réponses à des perturbations internes ou externes.
Un exemple classique est celui du thermostat : lorsque la température varie, le dispositif ajuste la production de chaleur pour maintenir l’équilibre. Le système modifie certaines variables, mais le cadre de fonctionnement reste identique. Watzlawick illustre cela par la boutade “plus ça change, plus c’est la même chose” : les ajustements semblent importants, mais ils contribuent surtout à préserver l’état général du système.
Dans les relations humaines, le changement 1 peut prendre la forme d’efforts répétés pour “faire plus de la même chose” : expliquer davantage, contrôler plus, se montrer plus présent, se protéger davantage, tout en restant dans la même logique de réponse. Tant que le cadre de référence ne bouge pas, ces modifications restent au niveau des éléments, et non au niveau de la structure.
Changement 2 : transformer le système lui-même
Le changement de type 2 désigne une transformation du système en tant que tel, une modification du cadre dans lequel les éléments interagissent. Il ne s’agit plus de régler une variable, mais de changer l’organisation, les règles de fonctionnement, ou les prémisses à partir desquelles la situation est interprétée.
Les auteurs de Palo Alto recourent volontiers à des métaphores pour rendre cette idée plus tangible : passer d’une vitesse à une autre sur une voiture plutôt que de simplement appuyer plus ou moins sur l’accélérateur ; sortir du rêve plutôt que tenter indéfiniment d’y résoudre un problème en restant dans le même scénario. Dans ces exemples, ce n’est pas seulement l’intensité de l’action qui change, mais le niveau auquel on intervient.
Dans les systèmes humains, le changement 2 implique souvent une relecture de la situation : un recadrage, un déplacement de point de vue, une transformation des règles implicites qui organisent les interactions. Il peut être perçu comme paradoxal ou peu conforme au “bon sens”, parce qu’il ne s’inscrit pas dans la continuité des réponses habituelles.
Quand le changement 1 entretient le problème
Un des apports importants de Watzlawick est de montrer que, dans certains cas, les tentatives de changement restent enfermées au niveau 1 alors que la situation appellerait un changement de niveau 2. Autrement dit, le système cherche à se corriger en multipliant les réponses du même type, sans remettre en cause le cadre qui produit la difficulté.
Dans ce contexte, les solutions apparentes peuvent renforcer le problème. Par exemple, dans une relation marquée par une escalade de contrôle, chaque nouvelle tentative de “mettre les choses au clair” à travers plus d’explications, plus de réunions, plus de comptes rendus, peut contribuer à durcir la dynamique plutôt qu’à l’apaiser. La logique reste la même, seul son volume change.
Lorsque les solutions de bon sens aggravent la crise, l’approche de Palo Alto invite à considérer que le système a peut‑être besoin d’un changement de niveau 2 : non pas “plus ou moins” de ce qui est déjà fait, mais une transformation du cadre, des règles, ou du sens attribué aux comportements.
Le changement 2 comme recadrage
Le changement de type 2 est souvent décrit comme un recadrage : une modification du sens donné à une situation, qui ouvre d’autres possibilités de réponse. Il ne consiste pas uniquement à décider de faire autrement ; il consiste à voir autrement. Ce changement de lecture peut concerner la manière de structurer le problème, la place des acteurs, ou les prémisses à partir desquelles la situation est interprétée.
Dans les pratiques d’accompagnement, cela peut se traduire par une intervention qui déplace la question plutôt que d’y répondre directement. Plutôt que de chercher à corriger un comportement, on interroge le système de relations qui le rend pertinent ou nécessaire. Plutôt que de multiplier les solutions, on travaille sur la façon dont le problème est formulé et maintenu.
Ce type de changement n’est pas toujours spectaculaire. Il peut être discret, progressif, parfois déclenché par des micro‑variations dans les interactions ou par des réponses que les acteurs n’attendaient pas. Ce qui change, ce n’est seulement ce qui est fait, c’est le cadre dans lequel ce qui est fait prend sens.
Implications pour l’accompagnement et le coaching
Pour les métiers de l’accompagnement, la distinction changement 1 / changement 2 offre un repère précieux. Elle aide à repérer les situations dans lesquelles les ajustements répétés ne produisent pas de transformation réelle, et où le système semble “prisonnier d’un jeu sans fin”, pour reprendre une expression souvent associée à ces travaux.
Observer les tentatives de solution fait alors partie intégrante du diagnostic : quelles réponses ont déjà été mises en œuvre ? Dans quelle logique s’inscrivent‑elles ? Produisent‑elles des variations à l’intérieur du cadre, ou contribuent‑elles à le maintenir tel quel ? Cette lecture systémique conduit à intervenir non seulement sur les comportements, mais aussi sur les cadres d’interprétation, les règles implicites et les formes d’organisation qui soutiennent ces comportements.
Dans l’accompagnement d’individus comme de collectifs, cela peut changer la manière d’aborder une demande de “changement”. Il ne s’agit plus seulement de proposer de nouvelles techniques ou de renforcer des efforts, mais d’ouvrir un espace dans lequel un autre niveau de transformation devient pensable.
Vers une vigilance systémique sur le changement
La distinction entre changement de type 1 et changement de type 2 n’est pas une grille qui s’appliquerait mécaniquement à toutes les situations. Elle est plutôt une invitation à la vigilance : ne pas confondre intensité de l’action et transformation de la structure ; ne pas prendre pour changement de fond ce qui relève d’ajustements internes au système.
Elle incite aussi à reconnaître que certaines crises révèlent l’épuisement des possibilités de changement 1 et la nécessité de penser autrement. Dans ces moments, une intervention qui vise à modifier le cadre peut paraître paradoxale ou contre‑intuitive, mais elle peut être la condition pour que la situation évolue réellement.
Pour les praticiens, ce repère reste d’une grande actualité. Il offre une manière de penser le changement qui ne se limite ni à l’effort individuel, ni à l’ajustement technique, mais qui s’intéresse à la logique du système dans lequel les difficultés prennent place.
"Basé à Blois (Loir-et-Cher), j'accompagne en Centre-Val de Loire et partout en France en visio. Bilan de compétences finançable CPF."
